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(mise à
jour le 16 juillet 2001 : 487 choix exprimés)
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26
voix, 22 voix, 18 voix, 16 voix, 14 voix, 12 voix, 11 voix, 10 voix, 9 voix, 8 voix, 7 voix, 6 voix, 5 voix, 4 voix, 3 voix, 2 voix, 1
voix
A obtenu 26 voix
:
54. Laissons les
jolies femmes aux hommes sans imagination.
[AD 35 ]
A obtenu 22 voix :
14. Le souvenir
d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant.
[S 495]
A
obtenu 18 voix :
29. Chacun appelant
idées claires celles qui sont au même degré de
confusion que les siennes propres. [JF 153]
A obtenu 16 voix :
74. Les vrais paradis
sont les paradis qu'on a perdus [TR 227]
A obtenu 14 voix :
30. Savoir qu'on n'a
plus rien à espérer n'empêche pas de continuer
à attendre. [JF 200]
**
Ont obtenu 12 voix :
5. J'aurais dû
être heureux : je ne l'étais pas.
[S 51]
**
12. On ne
connaît pas son bonheur. On n'est jamais aussi malheureux qu'on croit. [S 410]
A obtenu 11 voix
214. L'amour, c'est l'espace et le temps rendus
sensibles au coeur. [P 464]
**
Ont obtenu 10 voix :
8. Ce n'est
pas à un autre homme intelligent qu'un homme intelligent aura peur de
paraître bête. [S 227]
**
39. Or les souvenirs
d'amour ne font pas exception aux lois
générales de la mémoire, elles-mêmes
régies par les lois plus générales de
l'habitude. Comme celle-ci affaiblit tout, ce
qui nous rappelle le mieux un être, c'est justement ce que nous
avons oublié (parce que c'était insignifiant, et que
nous lui avons ainsi laissé toute sa force). C'est pourquoi la
meilleure part de notre mémoire est hors de nous, dans un
souffle pluvieux, dans l'odeur de renfermé d'une chambre ou
dans l'odeur d'une première flambée, partout où
nous retrouvons de nous-mêmes ce que notre intelligence, n'en
ayant pas l'emploi, avait dédaigné, la dernière
réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes
nos larmes semblent taries, sait nous faire pleurer encore.
[JF 264]
**
A obtenu 9 voix :
118. Le seul véritable
voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de
nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec
les yeux d'un autre, de cent autres, de voir les cent univers que
chacun d'eux voit, que chacun d'eux est. [P 309]
**
Ont obtenu 8 voix :
10. Autrefois on rêvait de
posséder le cœur de la femme dont on était amoureux; plus tard, sentir qu'on
possède le cœur d'une femme peut suffire à vous en rendre
amoureux. [S 233]
**
2. L'influence anesthésique de
l'habitude ayant cessé, je me mettais à penser, à sentir, choses si tristes. [S 19]
**
9. Swann, lui, ne cherchait pas à
trouver jolies les femmes avec qui il passait son temps, mais
à passer son temps avec les femmes qu'il avait d'abord trouvées
jolies. [S 228]
**
Ont obtenu 7 voix :
60. Car bien souvent,
pour que nous découvrions que nous sommes amoureux, peut-être même pour que
nous le devenions, il faut qu'arrive le jour de la séparation.
[AD 126]
**
23. La vie est
semée de ces miracles que peuvent toujours espérer les
personnes qui aiment. [JF 92]
**
13. Plus tard,
il arrive que, devenus habiles dans la culture de nos plaisirs, nous nous contentions de celui que
nous avons à penser à une femme comme je pensais à Gilberte,
sans être inquiets de savoir si cette image correspond à
la réalité, et aussi de l'aimer sans avoir besoin d'être
certains qu'elle nous aime; ou encore que nous renoncions au
plaisir de lui avouer notre inclination pour
elle, afin d'entretenir plus vivace l'inclination qu'elle a pour
nous, imitant ces jardiniers japonais qui, pour obtenir une plus
belle fleur, en sacrifient plusieurs autres. [S 465]
**
Ont obtenu 6 voix :
246. Tâchez de
garder toujours un morceau de ciel au dessus de votre vie.
[S 67]
**
77. Car le
bonheur seul est salutaire pour le
corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de
l'esprit. [TR 270]
**
7. Je trouve
très raisonnable la croyance celtique que les âmes de
ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque être
inférieur, dans une bête, un végétal, une
chose inanimée, perdues en effet pour nous jusqu'au jour, qui
pour beaucoup ne vient jamais, où nous nous trouvons passer
près de l'arbre, entrer en possession de l'objet qui est leur prison. Alors
elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons
reconnues l'enchantement est brisé. Délivrées
par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous. [S
58]
Ont obtenu 5 voix :
219. Comment a-t-on
le courage de souhaiter vivre, comment peut-on faire un mouvement
pour se préserver de la mort, dans un monde où
l'amour n'est provoqué que par le
mensonge et consiste seulement dans notre besoin de voir nos
souffrances apaisées par l'être qui nous a fait souffrir
? [P 110]
**
1. Peut-être
l'immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par
notre certitude que ce sont elles et non pas d'autres, par l'immobilité de
notre pensée en face d'elles. [S 14]
**
204. La nature ne
semble guère capable de donner que des maladies assez courtes.
Mais la médecine s'est annexé l'art de les prolonger. [P 216]
**
20. Nos
désirs vont s'interférant et, dans la
confusion de l'existence, il est rare qu'un bonheur vienne justement se poser sur le
désir qui l'avait réclamé.
[JF 78]
**
4. Cette angoisse qu'il y a à sentir l'être qu'on
aime dans un lieu de plaisir où
l'on n'est pas, où l'on ne peut pas le rejoindre, c'est
l'amour qui la lui a fait connaître,
l'amour, auquel elle est en quelque sorte
prédestinée, par lequel elle sera accaparée,
spécialisée; mais quand, comme pour moi, elle est
entrée en nous avant qu'il ait encore fait son apparition dans
notre vie, elle flotte en l'attendant, vague et libre, sans
affectation déterminée, au service un jour d'un
sentiment, le lendemain d'un autre, tantôt de la tendresse
filiale ou de l'amitié pour un camarade. [S 42]
**
103. J'aurais
dû partir ce soir-là sans jamais la revoir. Je
pressentais dès lors que, dans l'amour non partagé, autant dire dans
l'amour, car il est des êtres pour qui
il n'est pas d'amour partagé, on peut goûter
du bonheur seulement ce simulacre qui m'en
était donné à un de ces moments uniques dans
lesquels la bonté d'une femme, ou son caprice, ou le hasard,
appliquent sur nos désirs, en une coïncidence parfaite,
les mêmes paroles, les mêmes actions, que si nous
étions vraiment aimés. La sagesse eût
été de considérer avec curiosité, de
posséder avec délices cette petite parcelle de
bonheur, à défaut de laquelle
je serais mort sans avoir soupçonné ce qu'il peut
être pour des cœurs moins difficiles ou plus favorisés;
de supposer qu'elle faisait partie d'un bonheur vaste et durable qui m'apparaissait
en ce point seulement; et, pour que le lendemain n'inflige pas un
démenti à cette feinte, de ne pas chercher à
demander une faveur de plus après celle qui n'avait
été dûe qu'à l'artifice d'une minute
d'exception. J'aurais dû quitter Balbec, m'enfermer dans la
solitude, y rester en harmonie avec les dernières vibrations
de la voix que j'avais su rendre un instant amoureuse, et de qui je n'aurais plus rien
exigé que de ne pas s'adresser davantage à moi, de peur
que, par une parole nouvelle qui n'eût pu désormais
être que différente, elle vînt blesser d'une
dissonance le silence sensitif où, comme grâce à
quelque pédale, aurait pu survivre longtemps en moi la
tonalité du bonheur. [SG 267]
**
11. Que de
bonheurs possibles dont on sacrifie ainsi la
réalisation à l'impatience d'un plaisir immédiat. [S 321]
**
18.
Théoriquement on sait que la terre tourne, mais en fait on ne
s'en aperçoit pas, le sol sur lequel on marche semble ne pas
bouger et on vit tranquille. Il en est ainsi du Temps dans la vie.
[JF 70]
**
Ont obtenu 4 voix :
194. C'est dans la
maladie que nous nous rendons compte que nous ne vivons pas seuls,
mais enchaînés à un être d'un règne
différent, dont des abîmes nous séparent, qui ne nous
connaît pas et duquel il est impossible de nous faire
comprendre : notre corps. [GI 362]
**
34. Ce fut vers cette époque que
Bloch bouleversa ma conception du monde, ouvrit pour moi des
possibilités nouvelles de bonheur (qui devaient du reste se changer
plus tard en possibilités de souffrance), en m'assurant que,
contrairement à ce que je croyais au temps de mes promenades
du côté de Méséglise, les femmes ne demandaient jamais mieux que de
faire l'amour. [JF 181]
**
110. Dans les
personnes que nous aimons, il y a, immanent à elles, un
certain rêve que nous ne savons pas toujours discerner mais que
nous poursuivons. [TR 189]
**
119. Je me demandais
si la Musique n'était pas l'exemple unique de ce qu'aurait pu
être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la
formation des mots, l'analyse des idées - la communication des
âmes. Elle est comme une possibilité qui n'a pas eu de
suites; l'humanité s'est engagée dans d'autres voies,
celle du langage parlé et écrit. Mais ce retour
à l'inanalysé était si enivrant qu'au sortir de
ce paradis le contact des êtres plus ou moins intelligents me
semblait d'une insignifiance extraordinaire. [P 309]
**
230. Nous pouvons
causer pendant toute une vie sans rien dire que répéter
indéfiniment le vide d'une minute. [JF 575]
**
81. L'ouvrage de
l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument d'optique
qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que,
sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en
soi-même. [TR 276]
**
55. La force qui fait
le plus de fois le tour de la terre en une seconde, ce n'est pas
l'électricité, c'est la douleur. [AD 79]
**
51. Les liens entre un être et nous
n'existent que dans notre pensée. La mémoire en s'affaiblissant les relâche,
et, malgré l'illusion dont nous voudrions être dupes et
dont, par amour, par amitié, par politesse, par respect humain,
par devoir, nous dupons les autres, nous existons seuls.
L'homme est l'être qui ne peut sortir
de soi, qui ne connaît les autres qu'en soi, et, en disant le
contraire, ment. [AD 50]
**
79. Quant au
bonheur, il n'a presque qu'une seule
utilité, rendre le malheur possible. [TR 272]
**
3. Mais même au point de vue des plus
insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout
matériellement constitué, identique pour tout le monde
et dont chacun n'a qu'à aller prendre connaissance comme d'un
cahier des charges ou d'un testament; notre personnalité
sociale est une création de la pensée des autres.
Même l'acte si simple que nous appelons "voir une personne
que nous connaissons" est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l'apparence
physique de l'être que nous voyons de toutes les notions que
nous avons sur lui, et dans l'aspect total que nous nous
représentons, ces notions ont certainement la plus grande
part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par
suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se
mêlent si bien de nuancer la voix comme si celle-ci
n'était qu'une transparente enveloppe, que chaque fois que
nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces
notions que nous retrouvons, que nous écoutons. [S 29]
**
43. L'amour devient immense, nous ne songeons pas
combien la femme réelle y tient peu de place.
[JF 519]
**
129. On a dit que le silence
était une force; dans tout un autre sens, il en est une
terrible à la disposition de ceux qui sont aimés. Elle accroît
l'anxiété de qui attend. Rien n'invite tant à se
rapprocher d'un être que ce qui en sépare, et quelle
plus infranchissable barrière que le silence? On a dit aussi
que le silence était un supplice, et capable de rendre fou
celui qui y était astreint dans les prisons. Mais quel
supplice - plus grand que de garder le silence - de l'endurer de ce
qu'on aime! Robert se disait :"Que fait-elle donc pour qu'elle se
taise ainsi? Sans doute, elle me trompe avec d'autres?" Il se disait
encore : qu'ai-je donc fait pour qu'elle se taise ainsi? Elle me hait
peut-être, et pour toujours." Et il s'accusait. Ainsi le
silence le rendait fou, en effet, par la jalousie et par le remords. D'ailleurs, plus
cruel que celui des prisons, ce silence-là est prison
lui-même. Une clôture immatérielle, sans doute,
mais impénétrable, cette tranche interposée
d'atmosphère vide, mais que les rayons visuels de
l'abandonné ne peuvent traverser. Est-il un plus terrible
éclairage que le silence, qui ne nous montre pas une
absente, mais mille, et chacune se livrant à
quelque autre trahison? Parfois, dans une brusque détente, ce
silence, Robert croyait qu'il allait cesser à l'instant, que
la lettre attendue allait venir. Il la voyait, elle arrivait, il
épiait chaque bruit, il était déjà
désaltéré, il murmurait :"La lettre! La lettre!"
Après avoir entrevu ainsi une oasis imaginaire de tendresse,
il se retrouvait piétinant dans le désert réel
du silence sans fin. [GI 147]
**
35. Le bonheur, la possession de la beauté, ne sont pas des choses inaccessibles
et nous avons fait œuvre inutile en y renonçant à
jamais. [JF 182]
**
162. Nous trouvons de tout dans notre
mémoire; elle est une espèce de pharmacie, de
laboratoire de chimie, où on met au hasard la main
tantôt sur une drogue calmante, tantôt sur un poison
dangereux. [P470]
**
Ont obtenu 3 voix :
172. L'instinct
d'imitation et l'absence de courage gouvernent les
sociétés comme les foules. [SG 377]
**
242. C'est seulement
par la pensée qu'on possède les choses, et on ne possède pas un
tableau parce qu'on l'a dans sa salle à manger si on ne sait
pas le comprendre, ni un pays parce qu'on y réside sans
même le regarder. [AD 188]
**
200. Et
dussè-je, maintenant que j'étais souffrant et que je ne
sortais pas seul, ne jamais pouvoir faire l'amour avec elles, j'étais tout de
même heureux comme un enfant né dans une
prison ou dans un hôpital et qui, ayant cru longtemps que
l'organisme humain ne peut digérer que du pain sec et des
médicaments, a appris tout d'un coup que les pêches, les
abricots, le raisin, ne sont pas une simple parure de la campagne,
mais des aliments délicieux et assimilables. Même si son
geôlier ou son garde-malade ne lui permettent pas de cueillir
ces beaux fruits, le monde cependant lui paraît meilleur et
l'existence plus clémente. Car un désir nous semble plus beau, nous nous
appuyons à lui avec plus de confiance quand nous savons qu'en
dehors de nous la réalité s'y conforme, même si
pour nous il n'est pas réalisable. Et nous pensons avec plus
de joie à une vie où - à condition que nous
écartions pour un instant de notre pensée le petit
obstacle accidentel et particulier qui nous empêche
personnellement de le faire, - nous pouvons nous imaginer
l'assouvissant. Pour les belles jeunes filles qui passaient, du jour
où j'avais su que leurs joues pouvaient être
embrassées, j'étais devenu curieux de leur âme.
Et l'univers m'avait paru plus intéressant. [JF 346]
**
66.
L'expérience aurait dû m'apprendre - si elle apprenait
jamais rien - qu'aimer est un mauvais sort comme ceux qu'il
y a dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu'à ce
que l'enchantement ait cessé. [TR 26]
**
50. Je sentais que la
recherche du bonheur dans la satisfaction du désir moral était aussi naïve
que l'entreprise d'atteindre l'horizon en marchant devant soi. Plus
le désir avance, plus la possession véritable s'éloigne. De
sorte que si le bonheur, ou du moins l'absence de
souffrances, peut être trouvé, ce n'est pas la
satisfaction, mais la réduction progressive, l'extinction
finale du désir qu'il faut chercher. On cherche
à voir ce qu'on aime, on devrait chercher à ne pas
le voir, l'oubli seul finit par amener l'extinction du désir. [AD 49]
**
57. Une femme est d'une plus grande utilité
pour notre vie si elle y est, au lieu d'un élément de
bonheur, un instrument de chagrin. [AD 112]
**
28. Les beautés qu'on découvre le plus
tôt sont aussi celles dont on se fatigue le plus vite. [JF
128]
**
83. C'est parce
qu'ils contiennent ainsi les heures du passé que les
corps humains peuvent faire tant de mal
à ceux qui les aiment. [TR 441]
**
127. Hélas,
c'était en vain que j'implorais le donjon de Roussainville,
que je lui demandais de faire venir auprès de moi quelque
enfant de son village, comme au seul confident que j'avais eu de mes
premiers désirs, quand au haut de notre maison de Combray,
dans le petit cabinet sentant l'iris, je ne voyais que sa tour au
milieu du carreau de la fenêtre entr'ouverte, pendant qu'avec
les hésitations héroïques du voyageur qui
entreprend une exploration ou du désespéré qui
se suicide, défaillant, je me frayais en moi-même une
route inconnue et que je croyais mortelle, jusqu'au moment où
une trace naturelle comme celle d'un colimaçon s'ajoutait aux
feuilles du cassis sauvage qui se penchaient jusqu'à moi.
[S 186]
**
26. Avec
l'amour avait disparu le désir de montrer qu'il n'avait plus
d'amour. [JF 121]
**
183. Notre vie est divisée, et
comme distribuée dans une balance, en deux plateaux
opposés où elle tient tout entière. Dans l'un,
il y a notre désir de ne pas déplaire, de ne pas
paraître trop humble à l'être que nous
aimons sans parvenir à le comprendre,
mais que nous trouvons plus habile de laisser un peu de
côté pour qu'il n'ait pas ce sentiment de se croire
indispensable, qui le détournerait de nous; de l'autre
côté il y a une souffrance - non pas une souffrance
localisée et partielle - qui ne pourrait au contraire
être apaisée que si, renonçant au plaisir de plaire à cette femme et à lui faire croire que nous
pouvons nous passer d'elle, nous allions la retrouver. Qu'on retire
du plateau où est la fierté une petite quantité
de volonté qu'on a eu la faiblesse de laisser s'user avec
l'âge, qu'on ajoute dans le plateau où est le
chagrin une souffrance physique acquise et
à qui on a permis de s'aggraver, et au lieu de la solution
courageuse qui l'aurait emporté à vingt ans, c'est
l'autre, devenue trop lourde et sans assez de contre-poids, qui nous
abaisse à cinquante. [JF 193]
**
82. Ce qui est
dangereux et procréateur de souffrances dans l'amour, ce n'est pas la femme elle-même, c'est sa
présence de tous les jours, la curiosité de ce qu'elle
fait à tous moments; ce n'est pas la femme, c'est l'habitude. [TR 411]
**
233. Nous sommes attirés par
toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une
dernière illusion à détruire. [GII 336]
**
Ont obtenu 2 voix :
181. Ce n'est jamais
qu'à cause d'un état d'esprit qui n'est pas
destiné à durer qu'on prend des résolutions
définitives. [JF 185]
**
192. Nos plus grandes
craintes, comme nos plus grandes espérances, ne sont pas
au-dessus de nos forces et nous pouvons finir par dominer les unes et
réaliser les autres. [TR 426]
**
37. La
détermination dans notre imagination des traits d'un
bonheur tient plutôt à
l'identité des désirs qu'il nous inspire qu'à la
précision des renseignements que nous avons sur lui. [JF
269]
**
156. Le chagrin est égoïste, et ne peut
recevoir de remède de ce qui ne le touche pas. [AD 153]
**
62. Mais alors je
songeais : je tenais à Albertine plus qu'à
moi-même; je ne tiens plus à elle maintenant parce que
pendant un certain temps j'ai cessé de la voir. Mon
désir de ne pas être
séparé de moi-même par la mort, de ressusciter après la
mort, ce désir-là n'était pas comme le
désir de ne jamais être
séparé d'Albertine, il durait toujours. Mais cela
tenait-il à ce que je me croyais plus précieux qu'elle,
à ce que, quand je l'aimais, je m'aimais davantage? Non, cela tenait à
ce que, cessant de la voir, j'avais cessé de l'aimer, et que je n'avais pas cessé
de m'aimer parce que mes liens avec moi-même n'avaient pas
été rompus comme l'avaient été ceux avec
Albertine. Mais si ceux avec mon corps, avec moi-même,
l'étaient aussi… ? Certes il en serait de même. Notre
amour de la vie n'est qu'une vieille
liaison dont nous ne savons pas nous débarrasser. Sa force est
dans sa permanence. Mais la mort qui la rompt nous guérira du
désir de l'immortalité. [AD 315]
**
97. … à cause
de cet anachronisme qui empêche si souvent le calendrier des
faits de coïncider avec celui des sentiments. [SG 180]
**
46. La douleur est un aussi puissant modificateur de
la réalité qu'est l'ivresse. [AD 142]
**
138. Je ne rentrais
à Balbec qu'avec la première humidité matinale,
seul cette fois, mais encore tout entouré de la
présence de mon amie, gorgé d'une provision de
baisers longue à épuiser. [SG 475]
**
21. La manière
chercheuse, anxieuse, exigeante, que nous avons de regarder la
personne que nous aimons rend notre attention en face de
l'être aimé trop tremblante pour qu'elle puisse
obtenir de lui une image bien nette. [JF 79]
**
109. On a dit que la
beauté est une promesse de bonheur. Inversement la possibilité du
plaisir peut être un commencement de
beauté. [P 165]
**
182. Nous sommes tous
obligés, pour rendre la réalité supportable,
d'entretenir en nous quelques petites folies. [JF 200]
**
53. Je savais qu'on
ne peut lire un roman sans donner à l'héroïne les
traits de celle qu'on aime. Mais la fin du livre a beau
être heureuse, notre amour n'a pas fait un pas de plus et,
quand nous l'avons fermé, celle que nous aimons et qui est enfin venue à nous
dans le roman, ne nous aime pas davantage dans la vie. [AD 52]
**
99. L'amour le plus exclusif pour une personne
est toujours l'amour d'autre chose. [JF 489]
**
68. La vie nous
déçoit tellement que nous finissons par croire que la
littérature n'a aucun rapport avec elle et nous sommes
stupéfaits de voir que les précieuses idées que
les livres nous ont montrées s'étalent, sans peur de
s'abîmer, gratuitement, naturellement, en pleine vie
quotidienne. [TR 112]
**
176. Le
désœuvrement et la stérilité sont à une
activité sociale véritable ce qu'est en art la critique à la création. [GII 211]
**
164. La vie
pouvait-elle me consoler de l'art ? y avait-il dans l'art une réalité plus profonde
où notre personnalité véritable trouve une
expression que ne lui donnent pas les actions de la vie?
[P 187]
**
87. Son sommeil réalisait, dans une certaine
mesure, la possibilité de l'amour; seul, je pouvais penser à
elle, mais elle me manquait, je ne la possédais pas;
présente, je lui parlais, mais étais trop absent de moi-même pour pouvoir
penser. Quand elle dormait, je n'avais plus à parler, je
savais que je n'étais plus regardé par elle, je n'avais
plus besoin de vivre à la surface de moi-même. [P
80]
**
228. Ce
n'était pas la première fois que je sentais que ceux
qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes. [JF
267]
**
147. On serait
à jamais guéri du romanesque si l'on voulait, pour
penser à celle qu'on aime, tâcher d'être celui
qu'on sera quand on ne l'aimera plus. [SG 160]
**
111. Gilberte
appartenait à la variété la plus répandue
des autruches humaines, celles qui cachent leur tête dans
l'espoir, non de ne pas être vues, ce qu'elles croient peu
vraisemblable, mais de ne pas voir qu'on les voit, ce qui leur
paraît déjà beaucoup et leur permet de s'en
remettre à la chance pour le reste. [AD 235]
**
215. On
n'aime que ce en quoi on poursuit quelque
chose d'inaccessible, on n'aime que ce qu'on ne possède pas.
[P 462]
**
59. Le regret est un
amplificateur du désir. [AD 123]
**
186. Pendant quelques
minutes, je sentis qu'on peut être près de la personne
qu'on aime et cependant ne pas l'avoir avec soi.
[SG 470]
**
98. C'est sans doute
l'existence de notre corps, semblable pour nous à un vase
où notre spiritualité serait enclose, qui nous induit
à supposer que tous nos biens intérieurs, nos joies
passées, toutes nos douleurs sont perpétuellement en notre
possession. [SG 180]
**
27. Je l'aimais et ne pouvais par conséquent
la voir sans ce trouble, sans ce désir de quelque chose de plus qui
ôte, auprès de l'être qu'on aime, la sensation d'aimer. [JF 126]
**
117. On se souvient
d'une atmosphère parce que des jeunes
filles y ont souri.
[P 291]
**
33. Ne pas la
comprendre n'a jamais fait trouver une plaisanterie moins
drôle. [JF 183]
**
120. C'est souvent
seulement par manque d'esprit créateur qu'on ne va pas assez
loin dans la souffrance. Et la réalité la plus terrible
donne, en même temps que la souffrance, la joie d'une belle
découverte, parce qu'elle ne fait que donner une forme neuve
et claire à ce que nous remâchions depuis longtemps sans
nous en douter. [SG 583]
**
93. L'être que
je serai après la mort n'a pas plus de raisons de se
souvenir de l'homme que je suis depuis ma naissance que
ce dernier ne se souvient de ce que j'ai été avant
elle. [SG 436]
**
126. Nous localisons
dans le corps d'une personne toutes les
possibilités de sa vie, le souvenir des êtres qu'elle
connaît et qu'elle vient de quitter, ou s'en va rejoindre. [GI
42]
**
185. Il y a une chose
plus difficile encore que de s'astreindre à un régime,
c'est de ne pas l'imposer aux autres. [SG 560]
**
163. On trouve
innocent de désirer et atroce que l'autre désire. [P 202]
**
6. Elle ne se
résignait jamais à rien acheter dont on ne pût
tirer un profit intellectuel, et surtout celui que nous procurent les
belles choses en nous apprenant à chercher notre
plaisir ailleurs que dans les satisfactions
du bien-être ou de la vanité. [S 53]
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32. La durée
moyenne de la vie est beaucoup plus grande pour les souvenirs des
sensations poétiques que pour ceux des souffrances du cœur.
[JF 259]
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15. Car les modes
changent, étant nées elles-mêmes du besoin de
changement. [JF 12]
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101. "Finissez ou je
sonne", s'écria Albertine, voyant que je me jetais sur elle
pour l'embrasser. Mais je me disais que ce n'était pas pour ne
rien faire qu'une jeune fille fait venir un jeune homme en cachette, en s'arrangeant pour que
sa tante ne le sache pas, que d'ailleurs l'audace réussit
à ceux qui savent profiter des occasions; dans l'état
d'exaltation où j'étais, le visage rond d'Albertine, éclairé d'un
feu intérieur comme par une veilleuse, prenait pour moi un tel
relief qu'imitant la rotation d'une sphère ardente, il me
semblait tourner, telles ces figures de Michel-Ange qu'emporte un
immobile et vertigineux tourbillon. J'allais savoir l'odeur, le
goût, qu'avait ce fruit rose inconnu. J'entendis un son
précipité, prolongé et criard. Albertine avait
sonné de toutes ses forces. [JF 607]
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